Prends-tu le temps de regarder les passantes?

Peut-être la musique des “Passantes” de Georges Brassens en fond musical, mais ce serait empeser le propos.

Un post, deux posts sur Facebook par jour je devrais, sinon je disparaîtrais ? Je m’amenuiserais (j’aime beaucoup ce mot).

Un, puis deux, puis trois pour occuper un bout d’univers. Devenir exoplanète inconnue pour un hypothétique Faucon Millénium.

Ensuite, lire tous les posts de mes « A-tacts » (pas vraiment tous Amis, pas non plus tous que des contacts…) les aimer les partager pour aider ceux de Menlo Park à vendre leurs espaces publicitaires.

Entre-deux, twitter à ne savoir qu’en faire et n’avoir pas le temps de les lire (sauf aux toilettes comme beaucoup, j’imagine !). On pourrait donc communiquer en 140 caractères avec des mots accolés à un dièse. Et bien moi j’y mettrais un bémol de temps en temps, voire souvent. Ça suffit le sol majeur ! Varions un peu les gammes. Au fait à propos de cette altération, le souvenir du DG de Twitter nous expliquant que Twitter est le plus court et plus rapide chemin entre moi (@moi dans le tweet) et mon centre d’intérêt (le fameux hashtag # dans ce même tweet). Quel est-il donc ce chemin entre @moi et #monamour ?

Ensuite ? Google +, mon réseau confidentiel, entre pros consentants pour géolocaliser mes envies et pour qu’à Mountain View ils sachent tout de mes errances.

Ensuite ? Ah oui, Snapchat « La vie est plus intense quand on la vit dans l’instant » un peu pompée sur le « live the moment » des gazouilleurs. Et comment capturer ce même instant (photos, vidéos instantanées) ? Avant il y avait la poésie. Je ne peux en dire plus, je n’ai pas trouvé ni cherché d’ailleurs d’« Atacts » pour les claquer [snap], ces fameux instants. Ah, j’oubliais ! Ne pas perdre de vue que ces captures à la durée de vie très limitée (officiellement elle disparaîtrait rapidement) peuvent être capturées (eh oui, la capture d’écran, l’outil pour les pervers et les futurs journalistes de l’éphémère) !

J’ai mis l’oiseau bleu au fond d’un seau, le bouc, GG ensuite. Qu’allait-il venir pour continuer à le remplir ?

Je n’avais plus le temps… je devais faire un selfie pour changer ma photo de profil vieillissant sur Viadéo et Linkdln. Un selfie. Comme si tu te promenais avec un miroir permanent au bout du nez…

Alors que dire de plus ? Ça en fait des traces tout cela !

Nous laissons beaucoup plus de traces en ce monde que nos prédécesseurs. Comment les appellera-t-on ces fossiles numériques plus tard ? Des fossiques ? Une génération future les qualifiera -t-elle de déchets ?

Un jour nous devrons consommer plus d’énergie pour conserver ces milliards de milliards de selfies que pour vivre et l’homme finira malheureux transformé en pierre au fond d’une caverne comme Écho délaissée par Narcisse.

Surtout, ne pas oublier qu’ à la fin de l’histoire, Narcisse, et bien, il coule !

[visuel d’après Écho et Narcisse par Watherson 1903]

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